Les exercices mettant en œuvre la mémoire à
court terme d'un enfant favorisent ses capacités de raisonnement… si
l'enfant est motivé.
Bénédicte Salthun-Lassalle
Les jeux d'entraînement cérébral améliorent-ils les capacités
de raisonnement, comme la musculation augmente les performances à la
nage ?
© Shutterstock / Volant
Le célèbre jeu d’entraînement cérébral
du Docteur Kawashima sur console portable est-il efficace ? Si oui, à
quel public s’adresse-t-il ? Les offres commerciales d’entraînement
cérébral, ou plutôt cognitif, ne cessent de se multiplier, sans que l’on
sache vraiment si elles améliorent les capacités de réflexion. Susanne
Jaeggi et ses collègues, du Département de psychologie de l’Université
du Michigan, aux États-Unis, montrent qu’un entraînement cognitif de la
mémoire dite de travail améliore les capacités de raisonnement des
enfants. Mais tous les enfants n’en tirent pas les mêmes bénéfices…
La capacité de raisonner et de résoudre
des tâches nouvelles, nommée l’intelligence fluide, est un facteur de
l’intelligence générale ciblé par les exercices cognitifs. L’autre forme
d’intelligence, dite cristallisée, est la capacité à utiliser ses
connaissances et ses compétences. Certains entraînements cognitifs
pourraient améliorer l’intelligence fluide, notamment ceux mettant en
œuvre la mémoire de travail (ou à court terme), c’est-à-dire le système
cognitif qui permet de stocker et de manipuler temporairement des
données en nombre limité. La mémoire de travail intervient en
particulier dans des tâches cognitives complexes, telles que lire,
raisonner et résoudre des problèmes. Elle se met en place
progressivement dans l’enfance.
Pour montrer que l’entraînement cognitif
faisant intervenir la mémoire de travail améliore l’intelligence
fluide, les psychologues américains ont entraîné pendant un mois 62
enfants âgés d’environ 9 ans, à raison de cinq séances de 15 minutes par
semaine. Le premier groupe d’enfants réalisait un exercice mettant en
œuvre la mémoire de travail : ils visionnaient des séquences de jeux
vidéo où une cible apparaissait à différents endroits de l’écran. Quand
le stimulus réapparaissait à un endroit où il était déjà passé, les
enfants devaient appuyer sur un bouton. Le second groupe d’enfants
réalisait plutôt des exercices de vocabulaire et de culture générale,
destinés à stimuler leur intelligence cristallisée. Pour motiver les
enfants, tous les entraînements utilisaient des images et des graphismes
attrayants semblables à ceux des jeux vidéo. Avant, juste après et
trois mois après les sessions d’entraînement, les chercheurs ont mesuré
les performances des enfants à l'aide de deux tests de raisonnement
classiques en psychologie cognitive.
Résultat, les enfants ayant travaillé
leur mémoire de travail présentaient une meilleure capacité de
raisonnement juste après l’entraînement, mais aussi trois mois après, en
comparaison avec les enfants ayant stimulé leurs connaissances
générales. Preuve que l’entraînement cognitif aurait un effet à long
terme.
Cela dit, le bénéfice était faible (de
l'ordre de 20 pour cent) et certains enfants ne s’étaient pas améliorés.
Pour quelle raison ? Les enfants les moins motivés et les moins
enthousiastes lors de l’entraînement cognitif, ainsi que ceux qui
trouvaient l’entraînement trop compliqué, ont eu les moins bons
résultats. Cela suggère qu’un entraînement de la mémoire de travail
n’est efficace que s’il est adapté aux capacités des participants – il
ne doit être ni trop simple, ni trop compliqué – et s’il est réalisé de
façon ludique. Ainsi, les jeux de soi-disant docteurs sur consoles
portables vous feront-ils progresser ou amélioreront-ils les résultats
scolaires de vos enfants ? Rien n’est moins sûr.
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