Les examens approchent. Comment réviser et exercer sa mémoire efficacement ? Voici les principales recettes...
Alain Lieury
Le cerveau humain contient 200 milliards de neurones (cent milliards
pour le cerveau proprement dit et cent milliards pour le cervelet). Vous
imaginez facilement que cet immense cerveau ne produit pas qu’une seule
et unique mémoire. Et puisqu’il existe de multiples mémoires et
mécanismes mis en œuvre dans leur fonctionnement, il n’y a pas UNE
méthode (ou recette), mais plusieurs, pour les utiliser au mieux. En
voici les principales (car il existe en plus une mémoire des visages,
une mémoire musicale, etc.) pour bien réviser avant un examen.
La mémoire biologique : la loi des neurones, c’est la répétition !
Tout apprentissage ou souvenir correspond sur le plan du cerveau à
des connexions entre neurones, un peu comme les connexions électriques
dans votre maison. Or ces connexions ne s’établissent pas par magie,
mais se construisent biologiquement par la poussée (comme des racines de
plantes) de milliers de ramifications, les dendrites. La loi des
neurones, c’est donc la répétition.
Comme les neurones sont de vrais « usines », il leur faut de
l’énergie, des éléments de constructions, et ils se fatiguent. Ainsi,
les recherches ont montré qu’il était plus efficace d’apprendre dans la
durée, avec des pauses, pour ne pas épuiser les neurones : c’est
l’apprentissage distribué. Vous devez également privilégier le sommeil
et donc supprimer les excitants. Il faut aussi bien s’alimenter avec des
protéines, de la viande, du poisson, des œufs, mais aussi avec tous les
nutriments essentiels, les lipides, les sucres lents (pâtes, frites,
banane…) et avec des vitamines (nourriture variée ou compléments) et des
minéraux (chocolat, etc.).
À l’inverse, supprimez tout ce qui est nocif pour le cerveau :
l’alcool, qui détruit les neurones et une structure qui enregistre les
souvenirs, le tabac, qui réduit la fluidité sanguine cérébrale, les
drogues (y compris le cannabis), qui déséquilibrent les échanges
chimiques entre les neurones.
En résumé, FINI le bachotage : il faut apprendre toute l’année et
réviser, et au contraire se détendre et bien se nourrir les jours avant
les épreuves !
La mémoire à court terme : danger… surcharge !
C’est une découverte aussi révolutionnaire que celle des protons et
des électrons à l’intérieur de l’atome que d’avoir montré que la mémoire
comprend deux principaux systèmes, la mémoire à court terme (ou de
Travail) et la mémoire à long terme. Pour faire une analogie avec
l’ordinateur, la mémoire à long terme est le disque dur, avec tous les
logiciels et les informations (textes, images, calculs…), tandis que la
mémoire à court terme est la mémoire vive et l’écran.
La mémoire à court terme a deux caractéristiques de fonctionnement
qu’il faut bien connaître pour éviter le « trou noir » au moment de
l’examen. Cette mémoire ressemble au fichier de la bibliothèque, mais
n’a que sept cases : chaque case contient la référence d’un fichier bien
« construit » en mémoire à long terme, un mot, un concept (par exemple
triangle isocèle), une image. Une méthode très efficace est donc
d’apprendre par petits groupes d’informations. Par exemple, retenez
trois catégories de chacune quatre mots : quatre animaux, quatre
musiciens, quatre fleurs. Ainsi, grâce aux connaissances de la mémoire à
long terme (ici, la mémoire sémantique), il vous suffit de retenir en
mémoire à court terme Animal pour récupérer ensuite les quatre noms d’animaux.
Concrètement, face à une leçon (cours ou manuels), il faut tout
d’abord simplifier pour éviter la surcharge ; un plan idéal est de trois
titres et quatre sous-titres. Vous devez vous refaire un cours (ou un
petit manuel) résumé ainsi : c’est le système des fiches. Attention ! Il
faut le faire soi-même, et ne pas réviser sur les fiches d’un copain ou
d’une copine ; car c’est le travail de va et vient entre mémoire à long
terme et mémoire à court terme qui permet l’enregistrement structuré
des connaissances. Prendre les fiches du copain, c’est comme si vous
adaptiez le plan électrique de la maison de votre voisin sur la vôtre !
La deuxième caractéristique de la mémoire à court terme, c’est
qu’elle dure 20 secondes. Elle est comme une ardoise magique qui
s’efface pour s’occuper d’autres informations. Mais pas d’inquiétude, si
les fiches ont été bien apprises, structurées et répétées, elles sont
en mémoire à long terme et reviendront facilement en mémoire à court
terme pour rédiger lors de l’examen.
La mémoire lexicale : la bonne recette, c’est le bon vieil « apprentissage par cœur »
La mémoire à long terme correspond pour l’ordinateur au disque dur
qui contient les logiciels et les connaissances spécialisés, textes,
calculs, images. La grande différence avec l’ordinateur est que la
mémoire contient deux « bibliothèques » spécialisées pour les mots (et
les textes), la mémoire lexicale pour la carrosserie des mots et la
mémoire sémantique pour leur sens. Pour ces deux mémoires, les méthodes
sont bien différentes.
La mémoire lexicale est la bibliothèque de la carrosserie des mots ;
c’est l’usine de fabrication de la carrosserie, mais pas du moteur.
Cette carrosserie est composée de l’orthographe (provenant des mémoires
visuelles), de la phonologie (provenant de la mémoire auditive), de la
prononciation (provenant de la mémoire vocale) et de l’écriture
(provenant de la mémoire motrice graphique). La principale méthode est
la RÉPÉTITION, le fameux apprentissage par cœur, qu’il faut réhabiliter.
En général (tout dépend de la difficulté phonétique et orthographique),
il faut un nombre de répétitions moitié moindre que le nombre de mots à
apprendre : 10 répétitions pour 20 mots. Si les mots sont difficiles
phonétiquement, on peut les subdiviser en syllabes pour mieux les
apprendre (par exemple Xénophon, mycélium). C’est particulièrement le cas en chimie pour les molécules complexes, tel l’acide desoxyribonucléique à décomposer en acide-desoxy-ribo-nucléique (ribo étant la contraction d’un sucre, le ribose)…
La mémoire sémantique : une nouvelle méthode, l’apprentissage « multi-épisodique ».
Au contraire, la mémoire sémantique enregistre des abstractions, des
idées, des concepts. Sa structure est hiérarchique comme dans une
arborescence ; par exemple, un aigle est classé dans la catégorie des oiseaux, elle-même classée dans la catégorie des vertébrés, puis des animaux.
Pour apprendre sémantiquement, faites donc des fiches bien structurées,
des plans, des schémas, des arborescences. Pour comprendre, il est
également nécessaire de répéter. Mais la répétition sémantique est plus
subtile et se fait par la multiplication des épisodes, méthode que j’ai
appelée l’« apprentissage multi-épisodique ». La lecture du cours, celle
du manuel, les documentaires télévisés, la recherche sur internet sont
autant d’épisodes pour enrichir la mémoire sémantique.
La mémoire imagée : de belles images… virtuelles !
Si l’on se fit à l’idée populaire, on aurait une « mémoire
photographique ». Tel élève pense « voir » dans sa tête la page de sa
leçon, etc. Cette croyance est fausse. Les mémoires sensorielles
existent bien, mais elles sont éphémères. La mémoire sensorielle
visuelle (nommée « iconique ») ne dure qu’un quart de seconde, la
mémoire auditive 2,5 secondes. L’impression de « voir » la page d’un
livre vient d’une autre mémoire, la mémoire imagée. Cette mémoire
fabrique des images mentales durables, mais reconstruites,
virtuelles,d’où les erreurs dans les témoignages oculaires. Donc fixer
sur un mur un schéma ou une carte de géographie pour les photographier
est une illusion totale. La meilleure méthode est
l’apprentissage multi-essais. Par exemple, vous découpez deux feuilles
pour faire huit petites pages que vous numérotez de 1 à 8. Vous apprenez
en répétant les mots de la carte pendant une minute, puis vous
reproduisez sur la feuille de réponse numéro 1 sans regarder le modèle ;
puis vous réapprenez pendant une minute la carte pour un essai numéro
2, et ainsi de suite jusqu’à reproduction parfaite. On parle de
surapprentissage lorsque le critère de reproduction est plus difficile,
par exemple trois essais consécutifs sans erreur. Le surapprentissage
est plus sûr pour réussir, évidemment.
La mémoire procédurale : noircir du papier avec des exercices
Enfin, il existe une autre mémoire, la mémoire procédurale qui met en
œuvre des mécanismes encore différents. La mémoire procédurale englobe
les apprentissages sensori-moteurs (faire du vélo, conduire, jouer d’un
instrument de musique…), mais aussi des apprentissages plus abstraits de
règles, de procédures, par exemple utiliser le clavier et la souris
d’un ordinateur ou une console de jeux. Ainsi, dans ces exemples, vous
savez qu’au début, vous cherchez l’icône, la fenêtre du menu déroulant,
le bon titre. Puis, après de multiples répétitions, vous cliquez à
droite, à gauche, au milieu par automatisme tout en pensant à autre
chose.
Je pense qu’une bonne partie des mathématiques est de type procédural
abstrait. Ainsi, pour l’algèbre, on doit tâtonner, comprendre,
chercher, puis avec la répétition d’exercices similaires, on résout le
problème presque automatiquement. Les nombres passant de l’autre côté du
signe égal deviennent par automatisme de sens contraire, les
démonstrations géométriques, ou certains calculs d’intégrale, deviennent
automatiques, à l’instar de la multiplication en CM2. Si cette mémoire
procédurale a un fonctionnement bien à elle, c’est qu’elle dépend
d’autres structures du cerveau, notamment le cortex pariétal, qui, chez
Einstein, était plus développé !
Au total, pas de magie pour bien réviser : la loi des neurones, c’est
répéter, donc apprendre dans la durée, ce qui est incompatible avec le
bachotage. Enfin, rappelez-vous que chaque mémoire a sa méthode et ses
recettes. À mémoires multiples, multiples méthodes…
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