Imagerie par résonnance magnétique d'un cerveau humain. Les régions en
rouge et jaune présentent des connections fonctionnelles avec la région
d'intérêt (point noir). Crédit photo: Human Connectome Project
Par
Stéphany Gardier - le 15/03/2013
La singularité de pensée chez l'homme trouve son
origine dans les zones les plus évoluées du cerveau.
L'IRM fonctionnelle permet depuis un peu plus de 20 ans de visualiser l'activité des différentes régions du cerveau, quasiment en temps réel. Plus récemment, il est également devenu possible d'observer la connectivité cérébrale, c'est-à-dire la manière dont les différentes aires cérébrales communiquent entre elles. Cette technique a permis à l'équipe de Hesheng Liu d'enregistrer des images du cerveau de 23 sujets, à qui il était simplement demandé de rester les yeux ouverts pendant le temps de l'IRM. «Pour chaque volontaire, les mesures ont été répétées cinq fois en six mois, explique Hesheng Liu. Ceci nous a permis de diminuer au maximum la variabilité qui pouvait être due à des facteurs externes comme l'état de fatigue des sujets ou ce à quoi ils pensaient pendant l'examen.»
La connectivité est la plus variable dans les zones cérébrales en rouge, orange et jaune. Crédit photo: Neuron
«Ce qui est nouveau, c'est de montrer que la variabilité de connectivité fonctionnelle entre les individus est maximum dans les zones du cerveau apparues le plus récemment dans l'évolution du cerveau humain, souligne Jonas Richiardi, chercheur au département de neurologie de l'université de Stanford (États-Unis). À partir de ces résultats, on pourrait schématiser en disant que ce qui est commun dans nos comportements est plutôt lié aux structures ancestrales où les connections sont très stables, dont certaines d'ailleurs sont partagées avec des primates, alors que ce qui nous différencie les uns des autres est associé à des régions qui sont capables de moduler leur connectivité.»
Mieux comprendre les maladies psychiatriques
Outre une meilleure compréhension du fonctionnement de notre cerveau, ces résultats ouvrent des perspectives cliniques. Comme le soulignent les auteurs de l'étude: «Connaître la distribution de ces connections fonctionnelles pourrait être utile pour développer des approches thérapeutiques personnalisées.» Lors d'interventions (chirurgie, stimulation cérébrale) prévues dans des zones de grande variabilité, les médecins pourraient pratiquer des tests préalables spécifiques au patient, afin de vérifier la pertinence des procédures standardisées.La prise en compte de l'individualité de la connectivité cérébrale permettra sans doute d'avancer aussi dans la compréhension de nombreuses maladies psychiatriques. Anik de Ribaupierre, professeure à la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'université de Genève, est convaincue de l'intérêt d'étudier la part variable des processus mentaux. «Habituellement on multiplie les mesures dans différents groupes d'individus et l'on se base sur des moyennes, explique la psychologue. C'est ainsi que l'on établit des normes. Tout ce qui dévie de la moyenne est alors considéré comme pathologique, comme si cette moyenne décrivait correctement chaque individu. Cette étude a le mérite de montrer qu'il existe une variabilité de fonctionnement cérébral entre les individus en dehors de toute pathologie, et qu'elle est même sans doute nécessaire.»
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