Les neurosciences
lundi 10 mars 2014
lundi 18 novembre 2013
La fin de l’écriture : mort d’un monde
20.09.2013 par Sébastien Bohler,
Le dossier publié par Courrier International
cette semaine m’a laissé perplexe. « La fin de l’écriture », titrait
l’hebdomadaire. A la clé, cinq articles dont la tonalité est plutôt
sombre : l’écriture manuscrite est en train de disparaître de par le
monde, remplacée par le clavier.
Etats-Unis, Canada, mais aussi des articles sur l’Inde ou la Chine où
les idéogrammes sont un fondement du mode de pensée. Dans bien des
pays, les programmes scolaires abolissent l’apprentissage de l’écriture
manuscrite cursive.
J’ai trouvé que ce dossier très intéressant n’allait toutefois pas au
bout de l’argumentation, et j’en profite pour transmettre au lecteur
certaines données complémentaires pour l’aider à se faire son opinion.
Nous avons publié dans le dernier numéro de Cerveau & Psycho
un article de synthèse sur cette question, qui recense certains travaux
expérimentaux sur l’écriture cursive et l’écriture au clavier.
Brièvement ici, cet article met en évidence des effets des deux modes
d’écriture sur l’apprentissage de l’écrit lui-même, sur la dyslexie,
sur les capacités de mémorisation et la qualité des textes produits. Les
élèves ayant appris l’écriture cursive ont moins de problèmes de
confusion de lettres en miroir (le « d » et le b »), ce qui s’explique
par le fait que l’écriture des lettres à la main repose sur des
programmes moteurs propres à chaque caractère, alors que le programme
moteur est pratiquement le même pour appuyer sur la touche d’un « d » ou
d’un « b » sur un clavier. Le cerveau se crée donc un répertoire
beaucoup plus différencié pour les différents signes alphabétiques,
lorsqu’il écrit à la main. Ces effets se répercutent sur la mémoire :
les personnes ayant écrit des mots à main se les rappellent mieux
ultérieurement, que celles les ayant écrits au clavier.
Si j’ai dit que le traitement de cette question m’a laissé perplexe,
c’est parce que je fais partie d’une génération qui a appris à écrire
avec un stylo, et qui est ensuite passée au clavier. De par ma
profession, j’écris quotidiennement des milliers de caractères en frappe
aveugle à dix doigts, j’adore cette activité et je ne ressens pas de
limitation liée à cet usage. Mais aurais-je cette capacité (notamment la
maîtrise orthographique) si je n’étais pas passé par l’étape
manuscrite ?
Enfin, l’édition de l’article dans Cerveau & Psycho m’a
posé une question qui me lancine encore. Une des recherches citées y
concernait la qualité de la production écrite, selon que l’on recourt à
l’écriture cursive ou au clavier. Les chercheurs se sont aperçus, sur
des enfants de CE2, que la qualité des rédactions réalisées au clavier
était jugée inférieure à leur maturité supposée, et plutôt proche de
celle d’enfants du CP, par des observateurs externes, alors que la
production manuscrite cursive était fidèle à leur niveau. Malgré
l’aisance que je ressens en écrivant au clavier, ne suis-je pas en train
de perdre une coloration particulière dans l’écriture, qui résulterait
de la mobilisation fine des muscles de la main ? C’est une vieille
question, difficile à résoudre à l’heure actuelle. Les écrivains qui
écrivent à la main témoignent que les mots leur viennent différemment,
comme si la main appelait ceux-ci du fond de leur mémoire. Ce n’est pas
absurde. Les connexions entre les zones motrices de la main et celles du
choix lexical pourraient bien exister. La finesse de la pensée, c’est
peut-être aussi la finesse de l’exécution. Une question philosophique,
auxquelles les sciences pourraient bien se mêler.
Buzzfeed, le site qui éteint votre cerveau
12.11.2013 par Sébastien Bohler
Buzzfeed connaît un succès gigantesque, c’est ce qu’on appelle un “pure player”, sorte de media créé uniquement sur Internet, sans support papier. 80 millions de visiteurs par mois. Aucune véritable information, juste du “buzz”, c’est-à-dire des images ou des vidéos que l’on a envie de partager, parce qu’elles captent notre attention un bref instant, et que nous avons le réflexe de vouloir le transmettre à quelqu’un d’autre, pour n'importe quelle raison, étonnement, moquerie, bonne humeur, etc.
La principale fonction de cette aire cérébrale est de nous permettre
de nous représenter les états mentaux des autres. Autrement dit, lorsque
notre jonction temporo-pariétale s’active, nous nous demandons : à quoi
les autres pensent-ils ? Quelles sont leurs réactions, intentions,
émotions ?
C’est ce que les spécialistes de ces sites « pure player » appellent un contenu viral. Le but est explicite : la vidéo doit se transmettre comme une traînée de poudre, indépendamment du fait qu’on y trouve un intérêt ou non. Le patron de Buzzfeed, Johnah Peretti, expliquait dans une conférence qu’il était fasciné par la viralité sociale, ou la capacité de certaines images ou messages à se répandre en un clin d’œil. Sans s’en cacher, il admet viser la population de ceux qui s’ennuient au bureau, et de ceux qui s’ennuient en ligne. Pour ne pas s’ennuyer, il faut être distrait, mais pas trop sollicité mentalement. La solution est simple : partager. Cliquer. Vivre des émotions rapides et en rechercher tout de suite l’écho dans la communauté. Sans aller plus loin.
Buzzfeed connaît un succès gigantesque, c’est ce qu’on appelle un “pure player”, sorte de media créé uniquement sur Internet, sans support papier. 80 millions de visiteurs par mois. Aucune véritable information, juste du “buzz”, c’est-à-dire des images ou des vidéos que l’on a envie de partager, parce qu’elles captent notre attention un bref instant, et que nous avons le réflexe de vouloir le transmettre à quelqu’un d’autre, pour n'importe quelle raison, étonnement, moquerie, bonne humeur, etc.
Neurologie du buzz
Mais que se passe-t-il dans notre tête à ce moment-là? Voici quelques mois à peine, des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles ont voulu savoir ce qui se passe dans le cerveau de personnes exposées à des vidéos qui créaient le buzz. Ils les ont placés dans un scanner et ont observé que leur cerveau s’activait, non dans les zones frontales sous-tendant la réflexion et la conscience, mais dans une zone nommée jonction temporo-pariétale. La voici ici en rouge.
La jonction temporo-pariétale (en rouge) s'active chez des personnes visionnant des contenus faisant le buzz.
Un seul objectif: partagez!
C'est pourquoi, face à une vidéo qui fait le buzz, notre premier réflexe n’est pas d’apprécier le contenu en soi, d’en retirer un message, un enseignement, d’argumenter ou de mémoriser. C’est tout simplement de penser à ce qu’en penseront les autres. Autrement dit, nous sommes déjà dans la démarche consistant à la propager.C’est ce que les spécialistes de ces sites « pure player » appellent un contenu viral. Le but est explicite : la vidéo doit se transmettre comme une traînée de poudre, indépendamment du fait qu’on y trouve un intérêt ou non. Le patron de Buzzfeed, Johnah Peretti, expliquait dans une conférence qu’il était fasciné par la viralité sociale, ou la capacité de certaines images ou messages à se répandre en un clin d’œil. Sans s’en cacher, il admet viser la population de ceux qui s’ennuient au bureau, et de ceux qui s’ennuient en ligne. Pour ne pas s’ennuyer, il faut être distrait, mais pas trop sollicité mentalement. La solution est simple : partager. Cliquer. Vivre des émotions rapides et en rechercher tout de suite l’écho dans la communauté. Sans aller plus loin.
JFK : 50 ans après, pourquoi ces images restent dans notre cerveau
18.11.2013 par Sébastien Bohler
Depuis quelques jours, les médias se préparent à la grande et lucrative commémoration : les 50 ans de l’assassinat du président John Kennedy. Les magazines en (re)font leur couverture, les thèses du complot refont surface, toute la liturgie déjà vue et revue se met en place. Car tout le monde a encore les images en tête.
Pourquoi ces images n’en finissent-elles plus de faire le tour du monde, à tel point qu’elles semblent-elles devenues une partie de notre imaginaire collectif ? Il faut dire que, depuis elles, il n’y a guère que les images des attentats du 11 septembre qui aient réussi à s’implanter aussi profondément dans nos cerveaux.
Un choc pour le cerveau
Il y a sûrement plusieurs facteurs pour expliquer cela, mais toutes ces situations se distinguent par leur forte charge émotionnelle. En assistant à ces moments marquants de l’Histoire, nous vivons une émotion forte, et les effets de cette émotion sur notre fonctionnement mnésique ont été explorés il y a quelques années : des chercheurs de l’Université de New York, de l’Institut médical Hoard Hughes et du Laboratoire de Cold Spring Harbor ont montré que l’émotion a un effet direct sur la mémorisation : dans notre cerveau, une molécule nommée noradrénaline est libérée lorsque nous vivons une émotion puissante. Elle provient d’un petit centre nerveux situé dans le tronc cérébral, le locus coeruleus.
Les chercheurs ont montré que la noradrénaline libérée par le locus
coeruleus gagne ensuite une zone clé de la mémorisation, l’hippocampe.
Voici sa localisation dans le cerveau.
Notre mémoire modifiée par l'émotion
Une fois dans l'hippocampe, la noradrénaline "dope" en quelque sorte les neurones de la mémoire. Ceux-ci se mettent à échanger de l'information plus efficacement car leurs zones de contact entre neurones (les synapses) sont alimentées en molécules leur servant à échanger de l’information. Ces molécules de transmission se nomment récepteurs AMPA. On voit ci-dessous des récepteurs AMPA (petits points lumineux) qui sont envoyés vers les zones de communication entre neurones.Une "molécule de JFK"?
Les mécanismes biochimiques fins de ces modifications ont été analysés : si les récepteurs AMPA sont mieux envoyés vers les synapses, c'est parce que leur structure chimique se trouve modifiée. On parle de phosphorylation. Quand un récepteur AMPA est "phosphorylé", il reçoit, un peu comme une greffe chimique, un groupement phosphate au récepteur AMPA (un groupement phosphate est formé d’un atome de phosphore et de quatre atomes d’oxygène). Une fois modifié, le récepteur est à la fois plus efficace et mieux adressé vers les zones de communication entre neurones.Et voici le résultat final : les zones cérébrales associées à la mémorisation sont remplies de récepteurs AMPA, qui fixent le souvenir. Voici cette zone cérébrale chez une souris, l'hippocampe, où l'on voit en vert les récepteurs AMPA surnuméraires:
L'avenir de la mémoire
Vous savez maintenant pourquoi vous vous rappelez où vous étiez le jour où JFK a été assassiné, si vous étiez né. Et pour les autres, vous vous souvenez où vous étiez le 11 septembre 2001. Et pour les plus jeunes, eh bien tant mieux si vous ne vous vous rappelez rien d'aussi marquant, cela a toujours le temps de venir.Source : http://www.scilogs.fr/l-actu-sur-le-divan/jfk-pourquoi-ces-images-se-sont-implantees-dans-notre-cerveau/
vendredi 15 novembre 2013
Le neuromarketing : comment les marques sondent votre cerveau
Les instituts de conseil misent sur la recherche scientifique pour comprendre ce qui donne aux consommateurs l'envie d'acheter.
Par Francetv info
Qu'est-ce qui motive notre envie d'acheter ?
Pourquoi choisit-on un produit plutôt qu'un autre ? Comment une
publicité peut-elle éveiller notre désir ? Il y a dans l'acte d'achat
une part de mystère que les marques cherchent à percer. Et pour ce
faire, elles misent sur la recherche scientifique sur le cerveau. Le
neuromarketing est ainsi en plein développement.
A Paris, un
institut de conseil en marketing a créé un supermarché test. Dans ses
allées, le consommateur cobaye peut faire ses courses. Les mouvements de
ses yeux sont enregistrés par des lunettes spéciales puis analysés. Les
marques peuvent ainsi savoir ce qui attire en premier le regard dans
les rayons.
Une IRM pour mesurer l'activité du cerveau face aux pubs
En
Belgique, les marques font passer des IRM à des clients tests.
L'imagerie par résonance magnétique photographie l'activité du cerveau
face aux publicités. Résultat : les zones cérébrales de la réflexion
sont désactivées, celles des émotions, activées. La publicité ne parle
donc plus à votre raison mais à votre cœur.
En France, l'imagerie
ne peut toutefois être utilisée que dans le cadre de la recherche
médicale ou pour la prévention et la santé. Les pouvoirs publics
limitent ainsi les posssibilités du neuromarketing.
A la naissance, le cerveau subirait une "initialisation"
Au moment de la naissance, notre cerveau subit des modifications de structure qui le préparent à affronter le monde.
Sébastien Bohler
Au moment de la naissance, le cerveau doit quitter un monde clos où
les stimulations sont rares, pour un monde ouvert où tout est à
explorer. Les sens doivent donc être décuplés, et le cerveau nouveau-né
doit d’une certaine façon « passer à la vitesse supérieure ». Une
découverte surprenante a été réalisée par une équipe de chercheurs
japonais sur des rats. Ils ont constaté qu’au moment de la naissance,
les équilibres biochimiques à l’intérieur du cerveau sont modifiés, et
un des neurotransmetteurs les plus importants, la sérotonine, voit ses
concentrations chuter brusquement. Cette chute change la façon dont les
neurones communiquent et renforcent leurs connexions.
En l’absence de sérotonine, ont observé les chercheurs, les neurones
les plus proches renforcent leurs liens, tandis que les plus éloignés
les affaiblissent. Il en résulte la formation d’ilôts fonctionnels, que
l’on peut observer comme un maillage sur le cortex des petits rats
étudiés pour l’expérience.
Une carte cérébrale pour affronter le monde
Ce maillage représente la formation d’unités de traitement
fonctionnelles, les colonnes corticales. Les colonnes corticales sont de
minuscules taches à la surface du cerveau, qui se prolongent
verticalement vers l’intérieur, comme des cylindres regroupant des
milliers de neurones établissant des liens préférentiels. Chaque colonne
corticale est peut être comparé à un module informatique chargé du
traitement d’une information bien particulière. En l’occurrence, elle
est reliée à une moustache du rat (qu’on appelle aussi vibrisse). Le rat
explore son environnement en promenant ses moustaches sur les objets
avoisinants, et la stimulation de la moustache est transmise à la
colonne corticale, qui l’analyse à l’aide de ses semblables, pour
établir une carte physique de l’environnement.
Le cerveau du nouveau-né crée donc très rapidement ses colonnes
corticales, en réponse à cette chute de sérotonine au moment de la
naissance. Naturellement, la fonction de cette adaptation soudaine est
très claire : il s’agit d’affronter le monde à l’aide de moyens
d’exploration matures.
Qu’est-ce qui provoque cette chute de sérotonine ? Les mécanismes
précis restent inconnus, mais c’est bel et bien l’événement de la sortie
de l’utérus qui constitue l’événement déclencheur. En provoquant des
naissances prématurées, les chercheurs ont constaté que la baisse de
sérotonine intervenait elle aussi plus tôt, toujours au moment de la
naissance, et que cela permettait au raton de hâter son adaptation au
monde extérieur.
Chez le petit humain, c’est d’abord le toucher au niveau des lèvres,
et l’odorat pour trouver le sein nourricier, qui pourraient subir cette
initialisation, véritable baptême du feu de la vie.
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